Les piliers

par Sullivan

1 ) HOWARD GORDON et ALEX GANSA : deux honnêtes ouvriers.

Au cours de la première saison, le duo livre des épisodes de facture classique. Rarement mauvais. Rarement excellents. Et faisant preuve d’un manque d’originalité chronique. Mal chronique également que leur difficultés dans la structures des histoires, qui fait que leurs épisodes eux-même sont souvent inégaux d’une scène à l’autre. Un joli moment de tension, une jolie idée, une trouvaille visuelle, étant ainsi souvent noyée dans des parties beaucoup moins intéressantes.

L’ENLEVEMENT souffre de sa sous-histoire inutile autour du meurtre du petit copain de l’enlevée. Facteur emblématique : on oublie très vite cette sous-histoire, pour ne se rappeler que de l’autre, et de cette image brillante du visage reconstitué par des 0 et des 1… Dans le même genre, on trouve cette digression qu’est la scène des loups-blancs. Inexpliquée, injustifiée, absurde.

UN FANTOME DANS L’ORDINATEUR pâtit de son histoire d’un classissisme extrême, et se met vite à ronronner doucement au rythme de nos bâillements d’ennui ;-)). Le fait que quelqun comme moi, peu calé en informatique, trouve ça parfaitement invraisemblable et remarque plusieurs incohérences n’arrange rien.

Leur meilleur épisode de l’année est sans doutes L’ANGE DECHU. Malgré là encore un certain sentiment de déjà-vu, le duo est parvenu à ménager d’intéressants retournements, et a réalisé un bon travail sur les personnages de Max Fenig et Gorge Profonde.

LAZARE ET et RENAISSANCE sont assez semblables dans le sens où des problèmes de conception les fait alterner l’intéressant et le grotesque, et au final ces épisodes ne laissent pas de grande impression.

Dès la fin de cette saison, Alex Gansa commence à se détacher, et Howard Gordon se retrouve seul. Il s’associe avec Carter pour livrer le très bien fichu L’EGLISE DES MIRACLES, bien mieux structuré. A partir de là, on commence à se demander si Gordon et Gansa étaient vraiment complémentaires…

Howard Gordon se retrouve seul, et livre des épisodes globalement bien mieux fichus au cours de la saison 2. Là encore, pourtant, se pose le problème d’une originalité qui a tendance à être très virtuelle…

INSOMNIE reste l’un de ses meilleurs épisodes. Une bonne histoire bien amenée, et une bonne présentation de Krycek et de Mr X, que nous voyons pour la première fois. L’écriture des personnages semble bien réussir à Gordon.

INTRATERRESTRE a un défaut majeur : c’est un remake de PROJET ARCTIQUE. A un an d’intervalle, et dans la même série, ça la fout mal. Ce ne sera pas la dernière fois pour Gordon, qui semble ne pas avoir de scrupules à trouver son inspiration dans X-Files elle-même quand il ne la trouve pas dans un autre film….

MYSTERES VAUDOU et CONTAMINATION (ce dernier étant co-écrit avec Carter) sont deux solides épisodes.

LE VAISSEAU FANTOME marque la réunion temporaire du duo avec Gansa. On ne peut pas s’empêcher de remarquer qu’il marque aussi le retour de gros problèmes de structure (fin expédiée notamment) et on retrouve un épisode-montagne-russe, alternant excellents moments et moments… *beaucoup* moins excellents…

Gordon s’est apparemment un peu reposé sur ses lauriers dans la saison 3. COUP DE FOUDRE réussit le pari de n’être pratiquement jamais intéressant IMHO, et AVATAR, l’épisode Skinner contient tellement d’incohérences qu’il conviendrait d’appeler ça un “non-scénario” ! ;-).

Mais Gordon se rachète avec LE VISAGE DE L’HORREUR. Sorte de prélude à ce que sera Millennium dont le tournage commencera quelques semaines après sa diffusion, cet épisode est un joli travail, même si à y bien regarder, on y remarque encore quelques problèmes, principalement liés à la volonté de l’auteur de faire “paranormal”, pour rester dans le “cahier des charges” de la série. Un peu dommage.

Il faut aussi signaler la participation de l’auteur à MONSTRES D’UTILITE PUBLIQUE 1 aux cotés de Carter et Soptnitz. Gordon se plaignait de ne jamais bosser sur la Conspiration, il a reconnu lui même que son influence sur cet épisode fut minime.

Promu au rang de producteur exécutif sur la saison 4, il y poursuit son bonhomme de chemin… Nouvel variation autour du thème du Vampire, TELIKO suce le sang de Tooms sans vergogne. Gordon s’humilie sur ce coup là… L’ordre des épisodes sera changé pour que ce ne soit pas TELIKO qui inaugure la diffusion de X-Files le dimanche soir…

LA PRIERE DES MORTS le rachète ;-))). Un épisode remarquable, fondé sur un scénario quasi-parfait, qui manipule avec un grand talent et une précision d’horloger plusieurs thèmes délicats. Un petit chef d’oeuvre.

L’HOMME INVISIBLE pose à nouveau le problème de la totale absence d’originalité, mais se laisse regarder, tout comme d’ailleurs AUX FRONTIERES DU JAMAIS, co-écrit avec David Greenwalt.

NID D’ABEILLES, second épisode Skinner (co-écrit avec Spotnitz) est un épisode de conspiration très intéressant, et on remarque une bonne écriture des personnages.

A l’issue de cette saison, Gordon a quitté le show. Il travaillera brièvement surBuffy, fera un bide avec sa création Stange World et est actuellement un des principaux scénaristes de Angel, la série soeur de Buffy

En conclusion, Gordon est un scénariste très inégal, capable d’alterner le meilleur avec le pire du pire…

 

2) GLEN MORGAN et JAMES WONG : les enfants prodigues !

La carrière ‘des Wong’, comme on les appelle souvent, a commencé sur des séries Stephen J. Cannel : 21 Jump Street, ou Booker. Franchement ce n’est pas là que j’aurais été cherché deux des plus brillantes plumes de la télévion Américaine actuelle ;-). Et pourtant…

Dès la première saison, ces deux là se font remarquer. Ils créent Tooms, personnage qui servira de modèle à une foule d’autres tueurs de la série, et livre plusieurs classiques (COMPRESSIONS, PROJET ARCTIQUE, LE MESSAGE) qui restent aujourd’hui encore dans la liste des meilleurs X-Files. Ce qui caractérise les Wongs, c’est un génie pour créer des histoires passionnantes, souvent complexes, même si elles en ont rarement l’air.

Morgan et Wong savent aussi servir merveilleusement les personnages comme par exemple avec LE MESSAGE. Ils sont capables de leur donner une incroyable profondeur, de les rendre complexes, humains, en un mot, vrais. Même leurs épisodes de commande (L’OMBRE DE LA MORT) sont loin, très loin de figurer parmi les plus mauvais X-Files. cette année là, ils s’essaient aussi à la Conspiration, avec ENTITE BIOLOGIQUE EXTRATERRESTRE, qui fait beaucoup pour le personnage de Gorge Profonde.

Ils réalisent aussi la première séquelle de X-Files avec LE RETOUR DE TOOMS, où ils créent Skinner, et montrent déjà un intérêt pour le personnage de l’Homme à la Cigarette.

Lors de la deuxième saison, leur position de numéro 2 derrière Carter est clairement établie. Ils livrent le premier épisode de la saison, et sont mis au courant des secrets de la mythologie (COMA). Ils montrent aussi qu’ils peuvent se fourvoyer totalement sur une histoire…

LES PETITS HOMMES VERTS comporte quelques moments intéressants mais ne veut globalement rien dire, miné qu’il est par les incohérences et les absurdités. Mais les Wong développent pour la première fois le personnage de CSM.

MAUVAIS SANG, inspiré d’une histoire du frère de Glen, Darin Morgan, est une expérimentation. Ce ne sera pas la dernière. dans ce cas, je n’accroche pas, mais j’y vois tout de même le premier signe que les Wong sont capables, et ont envie, d’inventer une nouvelle manière de faire de la télévision.

LES VAMPIRES est un de leur rare échec total. Globalement inconsistant, l’épisode distille une sensation d’ennui profonde, et ce n’est certes pas l’histoire chaotique au possible, pour ne pas dire incohérente, qui est susceptible de maintenir notre attention. Si l’objectif est de nous faire regretter amèrement Scully, c’est réussi, mais ce n’est pas une raison pour nous livrer un mauvais épisode ;-))). En fait cette histoire est inspirée du travail de Chris Ruppenthal sur un épisode qui ne s’était pas fait la saison précédente. Apparemment le défi — remettre cette histoire sur les rails — était trop dur. Les Wong auraient mieux fait de créer sans doutes, mais le temps leur a manqué (il n’était pas prévu qu’ils écrivent cet épisode, mais ont du finalement travailler sur celui-ci et le suivant en même temps).

Le suivant, c’est COMA. L’épisode en lui-même est passionnant, mais il fait beaucoup pour les personnage de la série. Auparavant un peu “flottants”, pas très caractérisés, Skinner, L’Homme à la Cigarette, et Mr X deviennent ceux que nous connaissons aujourd’hui encore. Tout cela au milieu d’un brin de mysticisme, et de très belles images. Du beau travail une fois encore.

Enfin, LA MAIN DE L’ENFER marque l’adieu des deux scénaristes aux X-Files. Ils partent créer Space 2063. Leur tour d’honneur est un épisode captivant. Tout à la fois terrifiant et amusant, à cette date (je parle de la saison 2 avant HUMBUG) l’essai le plus direct de faire virer les X-Files vers la comédie. Mais le frère de Glen se chargera bientôt de pousser cela plus loin…

Ce n’était qu’un au-revoir… Les Wong, après l’annulation de Space 2063, et avant le rejet de leur nouveau projet par la FOX, passent une demi-saison 4 sur les X-Files. L’occasion pour eux de livrer 4 épisodes. Non seulement ce sont tous les 4 des classiques, mais en plus ce sont 4 classiques si différents les uns des autres qu’on a peine à croire qu’un même duo d’auteur soit derrière eux. Fort de leur statut “d’auteur stars” des X-Files, les Wong se permettent tout. Expérimentent. Pour notre plus grand plaisir. Même si au final le résultat est toujours le même : on est condamné à soit adorer soit détester ces épisodes…

LA MEUTE est le plus faible des 4, à cause de quelques incohérences. Mais ça reste un remarquable exercice de style. L’une des choses les plus terrifiante que les X-Files — et la télé Américaine dans son ensemble — aient montré. Tout cela étant contrebalancé par des scènes humoristiques et touchantes entre Mulder et Scully qui caractérisent parfaitement leur relation.

LE PRE OU JE SUIS MORT… Qu’en dire ? Un pur morceau de génie. Un chef d’oeuvre qui n’a qu’un seul défaut : il ne dure pas assez longtemps. Une véritable poésie filmée qui sert beaucoup le personnage de Mulder. J’avais appellé ça à l’époque “l’équivalent Muldérien du Message”, pas du point de vue de l’histoire, mais du point de vue de la profondeur donnée au personnage.

L’HOMME A LA CIGARETTE. A mourir de rire. Mais en même temps si diablement profond et intelligent. Celui-là n’est définitivement pas à prendre au sérieux, mais à na manquer sous aucun prétexte tout de même. Il fut écrit par Morgan seul, Wong l’ayant réalisé.

PLUS JAMAIS, disent-ils lors de leur second au revoir, ne vous attendez pas à un autre X-Files écrit par le duo. Finir sur cette épisode est une telle apothéose que on ne sait pas si on le souhaite, ce retour, d’une certaine manière. Tout Glen Mogan et James Wong semble contenu dans ces 45 minutes. Une structure complexe pour dire des choses simples, un traitement des personnages hors du commun, une limpidité qui est susceptible de donner envie à pas mal d’autres scénaristes de X-Files. Une volonté d’oser, de ne pas être académique…

Ces deux-là sont des génies je vous le dit.

Des problèmes avec la FOX ont fait que leurs deux projets suivants n’ont jamais vu le jour. Ils se sont occupés pendant un an de MillenniuM, donnant à Chris Carter des raisons de rougir de sa 5ème saison de X-Files qui passait au même moment. Tout le monde DOIT absolument voir les deux derniers épisodes de cette saison (qui passeront un jour, peut-être sur France 2 ;-)…) qui sont presque de la télé expérimentale, mais qui sont définitivement géniaux…

Les Wong viennent de voir débuter The Others dans la saturday Night thrillogy de NBC. Cette série ils ne l’ont pas créé, mais ils en sont les producteurs exécutifs. Maintenant qu’ils se sont affranchis de la FOX, on devrait voir leur créations voir le jour… Malheureusement, ce ne sera pas avec The Others, victime avec Profiler et Le Caméléon de la disparition de la trilogie de NBC. Elle n’aura duré que 13 épisodes…

Conclusion : Génie et sens inné de l’innovation font de ces deux là des scénaristes qui deviendront des grands d’Hollywood, j’en suis sûr 😉

 

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